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09Sep/15

Du 1er au huit, l’hirondelle fuit

Il est vrai qu’à une époque maintenant lointaine, la rentrée représentait pour moi la pierre angulaire de l’année, la période de la nouveauté : nouveau cartable, nouvelle classe, nouveaux professeurs, nouveaux camarades, nouvelles découvertes…

Hirondelles se donnant la becquée en plein vol

Eh bien, elle est loin de moi à présent, cette exaltation de la rentrée. Si vous voulez mon avis, on grandit trop vite. J’ai ressorti mon vieil album et, le regard embué, j’ai revu cette photo prise le jour de mon entrée en 6ème. En revoyant cette petite fille joufflue avec un grand sourire, je peux encore ressentir ma joie d’être alors «grande», de ne plus faire partie de ces petits du primaire, d’être passée à un niveau supérieur. Et puis le lycée, l’université. Trop vite. Je me devais de le répéter.

Septembre serait-il devenu, officiellement, définitivement, irrémédiablement pour moi le mois de la nostalgie ? Souvent, quand on écume ses souvenirs, on a tendance à l’exagération ou au déni parce que ce qu’on relève, c’est ce qu’on choisit de voir. Parfois, le contexte nous échappe ; d’autres fois, nous en saisissons mieux le sens, éclairés par d’autres événements. Ah, le temps ! Il peut mettre en lumière, il peut brouiller.

Qui* disait que la nostalgie est noire et blanche, en faisant référence aux images en noir et blanc de l’époque ? On a beau les avoir en couleur aujourd’hui, voire en haute définition, il manquera toujours des pièces à notre mémoire. Elle saisit l’essentiel ; mais certains détails, pourtant pertinents, se perdent. Ces pièces manquantes rendent notre mémoire douteuse, peu fidèle, voire trompeuse.

Pourquoi les hirondelles ne font pas le printemps
Pourquoi les hirondelles ne font pas le printemps – Michaël Escoffier & Kris Di Giacomo – Kaleïdoscope (2009)
Parce qu'elles ont autre chose à faire
Pourquoi les hirondelles ne font pas le printemps – Michaël Escoffier & Kris Di Giacomo – Kaleïdoscope (2009)

Ne nous fions jamais au fameux « c’était mieux avant ». Il peut être traître. Il faut savoir donner un bon coup de fouet à la nostalgie, la confronter à la raison. Ironiquement, en sixième je voulais vite aller en seconde ; en seconde, je rêvais de l’université ; enfin, à la faculté, je voulais en finir avec les études, trouver un travail, être une femme au contrôle de sa vie.

Une seule question devrait importer maintenant : suis-je devenue la personne que je rêvais d’être ? Honnêtement, j’y travaille encore. Tiens, au lieu de m’accrocher au passé, je devrais juste le regarder en souvenance de mes rêves d’antan, y trouver l’inspiration pour me construire encore, m’atteler au devenir.

Du 1er au huit (septembre), l’hirondelle fuit, dit le dicton. Laissez la partir sans vague à l’âme ! On ne l’entendra plus trisser, jusqu’au printemps. C’est justement son retour qui fera le printemps. Quoique…

À ceux qui regrettent absolument l’été, occultant l’étouffante chaleur de certaines journées, ne vous suspendez pas à celui qui s’en va, préparez celui qui vient.

MM

* Anny Duperey